Pendant longtemps, la laine de mouton a été considérée comme une matière précieuse. Elle était collectée, triée, rassemblée, puis envoyée vers des filières de transformation ou d'exportation. Dans les fermes, elle représentait un petit revenu complémentaire, mais aussi une vraie reconnaissance du travail d'élevage.
Aujourd'hui, la situation est beaucoup plus contrastée. En Wallonie, chaque mouton doit toujours être tondu une fois par an, mais la laine issue de cette tonte ne trouve plus toujours de débouché rentable. Pour beaucoup d'éleveurs, elle est même passée du statut de coproduit de l'élevage à celui de matière difficile à valoriser.
Et pourtant, cette fibre naturelle, renouvelable et locale a encore énormément de valeur. La question est donc simple : que vaut vraiment la laine de moutons en Wallonie en 2026 ?
Une ressource locale bien présente
La Wallonie compte aujourd'hui plusieurs dizaines de milliers de moutons. Selon Valbiom, le cheptel ovin wallon a fortement augmenté ces dernières années : plus de 97.000 moutons étaient recensés en Wallonie en 2021, contre environ 70.000 cinq ans plus tôt.
Chaque année, ces animaux produisent une quantité importante de laine. Les estimations évoquent généralement 200 à 400 tonnes de laine à valoriser en Wallonie, selon les années, les races et les volumes collectés.
Sur papier, le potentiel est donc bien réel. La laine est :
- naturelle ;
- renouvelable ;
- biodégradable ;
- isolante ;
- respirante ;
- locale ;
- et issue d'un geste indispensable au bien-être animal : la tonte.
Contrairement à certaines grandes régions lainières du monde, la laine n'est cependant pas le produit principal des élevages ovins belges. Chez nous, les troupeaux sont surtout orientés vers la viande, le lait, l'entretien des prairies ou la gestion d'espaces naturels. La laine arrive donc souvent comme une matière secondaire, alors qu'elle demande pourtant beaucoup de soin pour être bien valorisée.

De coproduit à déchet : une filière fragilisée
Avant la crise du Covid, une partie importante de la laine belge était collectée puis exportée. Ce système avait ses limites, mais il permettait au moins d'évacuer les volumes et de donner une valeur économique à la tonte.
La crise sanitaire a fortement perturbé ces circuits. Les débouchés à l'exportation se sont arrêtés ou réduits, les prix se sont effondrés, et de nombreux éleveurs se sont retrouvés avec des stocks de laine sans solution claire.
C'est là que le regard sur la laine a commencé à changer. Quand une matière ne trouve plus preneur, elle n'est plus vue comme une richesse. Elle devient un problème de stockage, de manutention, parfois même de gestion de déchet.
Cette situation crée un cercle vicieux : si la laine n'a plus de
valeur, on y prête moins attention au moment de la tonte, du tri ou du
stockage. Sa qualité diminue, ce qui rend ensuite sa valorisation encore
plus difficile.
Notre histoire avec la laine
À la Bergerie Marchal et Fils, la laine fait partie de notre histoire depuis longtemps.
Notre papa, Michel, tond des moutons depuis son adolescence, dans les années 80. Avec les années, il nous a transmis cette passion du mouton, du geste juste et du travail bien fait. Depuis plus de 15 ans, Nicolas, Adrien et Antoine, ses fils, ont repris le relais avec lui pour tondre les moutons de la ferme, mais aussi ceux de quelques voisins.
Pendant longtemps, la laine était collectée, rassemblée, puis envoyée à l'exportation. Certaines années, elle représentait une vraie petite valorisation complémentaire. Nous avons connu des prix comme 1,15 €/kg de laine brute en 2015, puis 0,30 €/kg en 2019, avant d'arriver à 0,00 € avec la crise du Covid.
À une époque, nous avons vendu jusqu'à 10 tonnes de laine par an. Aujourd'hui, cette même fibre locale, naturelle et produite chaque année par nos brebis n'est pratiquement plus valorisée.
Cette évolution nous a profondément interpellés. Comment une matière que nous connaissons depuis des années, que nous récoltons nous-mêmes, que nous savons trier et manipuler, peut-elle passer d'un coproduit de l'élevage à une matière sans valeur ?

Pourquoi nous relançons un projet laine
Face à cette dévalorisation, nous avons décidé de ne pas simplement considérer la laine comme un problème.
Nous voulons chercher de nouvelles pistes. À notre échelle, avec nos moyens, notre histoire et notre troupeau, nous souhaitons redonner du sens à cette fibre locale.
C'est dans cet esprit que naît notre projet autour de la laine de nos brebis.
Notre objectif n'est pas de prétendre résoudre seuls toute la filière wallonne. Mais nous voulons participer, à notre niveau, à cette dynamique de revalorisation. Nous voulons montrer que la laine peut redevenir une matière utile, belle, durable et proche de chez nous.
Nos premiers produits seront transformés à 100% localement en Wallonie et intégreront 10% de laine issue de nos propres brebis. C'est une première étape concrète pour recréer un lien entre notre troupeau, notre famille et les personnes qui souhaitent soutenir une production locale.
Ce projet familial évolue aussi avec notre maman, qui rejoint l'aventure pour développer cette nouvelle activité autour de la laine, des produits finis et de leur mise en valeur.
La vraie valeur de la laine
En 2026, la laine de moutons en Wallonie ne vaut donc pas seulement un prix au kilo.
Elle vaut aussi :
- le travail de l'éleveur ;
- le soin apporté aux animaux ;
- la qualité de la tonte ;
- la capacité à trier et stocker correctement ;
- le savoir-faire des transformateurs locaux ;
- le maintien d'une économie circulaire ;
- la réduction des déchets ;
- et le choix de consommateurs qui veulent soutenir des produits plus durables.
La laine brute a parfois perdu sa valeur commerciale immédiate. Mais sa valeur écologique, locale et humaine reste immense.
Pour nous, la question n'est donc plus seulement : combien vaut la laine ?
La vraie question est plutôt : quelle valeur voulons-nous lui redonner ?
Sources pour aller plus loin
Pour celles et ceux qui souhaitent creuser le sujet, voici quelques ressources intéressantes sur la filière laine en Wallonie et en Belgique :